mardi 26 juillet 2016

La poupée de chiffon

Les mains de la jeune femme serrent entre leurs doigts longs et fins une sorte de clé, puis lentement elle tourne celle-ci. Le bruit du mécanisme se fait entendre dans cette pièce toute simple. Un lit, une table, une chaise – belle, certes – mais juste une chaise sur laquelle la brune est assise. Puis, quand elle estime qu’elle a assez remonté le ressort intérieur, invisible dans sa boîte de bois verni, elle ouvre délicatement le couvercle. Au fur et à mesure de l’ouverture de cette salle de spectacle miniature, la danseuse, elle, monte vers l’air libre, la main au-dessus de sa tête.

Soudain, dans la chambre, la musique qui rythme les tours de la demoiselle en tutu, la musique emplit totalement l’espace de la jeune femme. C’est toujours avec ravissement qu’elle écoute, dans le silence de son antre, la mélodie qui fait revenir tellement de souvenirs… C’est souvent ainsi qu’elle voyage, dans son univers de femme solitaire ; elle s’invente parfois des histoires, des contes de fées pour petite bourgeoise, des instants fabuleux où elle crée elle-même son destin. Alors que le petit rat tourne et tourne encore sur lui-même, les notes emportent l’esprit de Claude vers un autre jour.

Un jour qu’elle a vécu ? Un jour qu’elle s’invente ? Allez savoir, avec les idées qu’elle a dans la tête…. Une soirée bien, l’autre moins ; mais c’est le lot de toutes les personnes solitaires comme elle.

La musique qui s’échappe de la boîte arrive au cerveau de cette ravissante jeune femme, et la voici plongée dans des souvenirs qui n’appartiennent qu’à elle. Enfin, presque, puisqu’elle pense que ce sont vraiment des moments partagés par tant d’autres qu’elle se plaît à se rappeler.


— oooOOooo —


Soudain, alors que bien installée sur son siège, la voilà debout près d’une piste de danse à faire tapisserie. La toilette qu’elle porte – une petite jupe qui lui arrive juste au-dessus des genoux, de couleur noire – lui va à ravir. Le chemisier qui couvre le haut de son corps est tendu par une poitrine ferme et arrogante constituée de deux seins bien ronds qui donnent envie à bien des garçons. Sur le parquet du bal, les couples qui dansent sont en parfaite harmonie avec l’orchestre qui donne ce soir le meilleur de lui-même. Le jeune homme qui s’approche d’elle semble timide mais il se lance, et poliment il baisse sa bouche vers son oreille et lui murmure dans le bruit musical de cette nuit quelques mots qui la font sourire :

— M’accorderez-vous cette danse, Mademoiselle ? Et les prochaines, sont-elles réservées ? Parce que si ce n’est pas le cas, pourriez-vous m’inscrire sur votre carnet pour toutes celles de cette soirée ?

Elle regarde ce jeune homme qui maintenant lui tient la main et qui, le geste plus assuré, l’emmène vers le milieu de cette piste où les autres suivent la vague des accords d’un pianiste nostalgique. Le garçon, sans effort apparent, pose sa main sur son épaule, et l’autre dans laquelle il tient un mouchoir blanc vient lentement sur la taille de la jeune femme. Les voici qui dansent, qui tournent sur un parquet qui les laisse glisser sans heurts, seuls au monde parmi tellement d’autres couples qui eux aussi vivent leur propre histoire. La valse entraîne Claude au bras de cet homme qui lui semble charmant et, cerise sur le gâteau, il s’avère être un excellent danseur.

À la dérobée, sans rien montrer, elle détaille cet homme qui la serre doucement contre lui. À peine plus grand qu’elle – peut-être un mètre quatre-vingts – svelte, fin et agile. Le couple qu’ils forment depuis quelques minutes attire les regards des autres danseurs : ils semblent voler sur la surface lisse de la piste. Les autres s’écartent doucement pour laisser ces deux-là virevolter ensemble, pareils à deux elfes tout droit sortis d’une image d’Épinal. Elle se laisse aller contre cette épaule large, et son visage d’ange reste calé là, appréciant l’enivrante ronde de la valse.

Qu’il est doux de poser son minois sur ce puissant garçon qui l’entraîne dans une si belle envolée ! Après bien des danses, il entraîne Claude vers le bar pour qu’elle se désaltère et que, pendant quelques minutes, elle reprenne quelques forces. Lui, il se prénomme Michel, mais elle ne le sait pas encore. Il la regarde également comme si elle était le Messie. Comme elle est belle avec sa chevelure ondulée d’une longueur qui lui fait penser à une cascade sur ses épaules ! Il se coule dans ses yeux verts et cherche dans son regard un assentiment à la continuité de cette soirée qui se déroule sous les meilleurs auspices.

Elle n’attend rien d’autre que sa demande ; quelle aubaine de l’avoir rencontré… Elle prierait presque pour qu’il ne veuille pas changer de cavalière. Leurs mains se sont emmêlées en prenant les verres qu’il a commandés. Une limonade pour elle et une autre mixture pour lui. Ils ne se quittent plus d’une semelle, plus d’un regard ; ils se sentent attirés l’un vers l’autre. Quelle douce alchimie permet et prépare cette communion qu’ils rencontrent ce soir ?

Les voici dans le hall de la salle de bal, et enfin elle écoute sa voix. Il a une sorte d’accent qui ne vient pas de cette Auvergne d’où elle est originaire. Ils se présentent :

— Michel.
— Claude.

Rien d’autre. Pas besoin parfois de mots inutiles. Ils sortent sur les marches. Lui, il voudrait se donner une contenance en fumant une cigarette. Il sort de sa poche un paquet de Marlboro, et comme il ne connaît d’elle que les quelques pas qu’elle vient de faire en mesure avec lui, il lui tend le paquet ouvert.

— Non, merci. Je n’ai jamais fumé de ma vie ; je n’ai même jamais tenté de le faire, mais j’en prendrai une bouffée, si vous le permettez, quand la vôtre sera allumée.

La gorge sèche, il tire sur le bout rougeoyant du petit cylindre allumé. La volute de fumée monte et se disperse dans l’air frais de la nuit vosgienne, puis il tend la cigarette allumée à la jeune fille.

— Aspirez doucement et pas trop longtemps. Vous allez connaître mes pensées en fumant ma cigarette, mais c’est réciproque : je saurai ce que vous pensez quand je la reprendrai !

Elle n’hésite pas, prend entre ses doigts la tige qui se consume, la porte à ses lèvres et tire doucement sur le filtre. La fumée entre instantanément dans ses poumons et elle part dans une quinte de toux qui lui paraît ne jamais vouloir s’arrêter. Il la regarde avec un sourire ; riant de toutes ses dents, il ose lui tapoter le dos comme on le ferait à un enfant qui s’étouffe.


— oooOOooo —


Sur la table, le tutu s’est presque essoufflé ; Claude remonte à nouveau le ressort, et ses idées repartent vers cette soirée fabuleuse. Elle veut la revivre jusqu’à la fin des temps, juste pour en garder la tendre ivresse.


— oooOOooo —


La main qui essaie d’enrayer sa toux lui est – ou lui paraît – bien douce dans son dos. Elle frissonne un peu ; elle n’a pas vraiment froid, mais elle tremble de sentir ces doigts qui touchent son chemisier. Lui aussi se sent un peu électrique à deviner sous ses doigts cette peau qui frémit… Elle frissonne, et il le sait : elle a sûrement un peu froid. Claude assure à Michel que tout va pour le mieux maintenant que sa quinte s’en est allée. Lui, si proche, a écrasé son mégot et il lui jure que c’est fini, qu’il ne cherchera plus jamais à lui faire du mal avec une cigarette.

Ses propos badins, ses mots la charment ; elle aime la douceur de sa voix. Pourquoi se sent-elle tellement attirée par cet homme ? Elle devrait se méfier, se souvenir des paroles protectrices de sa mère, juste avant le bal ; des recommandations qu’elle ne respecte plus depuis quelques minutes, puisque là, dehors, elle se prend à espérer qu’il la prenne dans ses bras. Mais manque d’audace, ou pas l’idée, il ne fait rien qui puisse mettre en péril l’accord parfait de cette nuit merveilleuse. Ils repartent tous deux sur la piste, et les pas succèdent aux pas, les mesures changent, mais la danse reste.

Il a sa main qui touche cette épaule, son mouchoir sous ses doigts juste pour empêcher de lui tacher son chemisier de soie par une sueur qu’il sent arriver. Elle fait tout pour se lover contre ce torse fort dans lequel elle imagine battre un cœur gros comme ses deux poings. Ils ont tous deux les yeux clos, et Claude voudrait que la musique ne s’arrête plus jamais ; elle voudrait se fondre, se couler en lui. Pourquoi est-elle aussi bien ce soir ? Sans doute parce qu’il est rassurant, cet homme-là.

Mais toute chose a une fin, et les sanglots d’un dernier accord viennent mourir dans son esprit, arrachant les cavalières aux danseurs qui les guidaient de si belle manière.
Juste le temps de prendre un verre, puis c’est déjà le déchirement d’une séparation que Claude recule le plus possible. Michel a réglé les consommations ; il prend la main de Claude, lui demande si elle a aimé danser avec lui, puis ils se dirigent ensemble vers la sortie. Il voudrait bien la garder encore un peu pour lui tout seul, mais les personnes qui, elles aussi, quittent le bal sont bruyantes, et ses mots se perdent dans le brouhaha impensable qu’ils font tous.

Le jeune homme se dirige vers sa voiture ; elle est toujours à ses côtés. Il réalise soudain qu’il ne sait pas même son nom, qu’il ne connaît d’elle qu’un prénom et qu’il a surtout une immense envie de la revoir. En montrant du doigt une autre travée où une petite automobile sombre est garée, elle lui explique que c’est sa propre voiture et qu’elle doit le quitter ici. Michel se penche vers elle, plongeant son regard au fond des yeux de la demoiselle ; il se jette à l’eau et lui demande s’il a une chance de la revoir.

— Cela ne tient qu’à vous : si vous en avez envie, ce sera avec plaisir, bien sûr.

Alors il lui prend la main, l’attire vers lui, et sa bouche cherche la sienne. Le premier baiser a lieu là, sur un parking à six heures du matin ; une fin de bal bien étrange. Les lèvres se soudent pour ne former qu’une seule bouche, les langues qui viennent flirter tendrement et un intense moment d’émotion pour ce couple qui se forme là, sous un ciel encore étoilé, sont un prélude à déjà d’autres jeux. Ils s’embrassent. Elle aime cette manière bien douce de prendre sa bouche ; elle ne respire plus que par lui. Quelque chose vient de s’ouvrir au fond d’elle, comme une immense libération. Cette attente qu’elle appréhendait tant… Ce premier baiser a un goût de « reviens-y ».

Quand il se détache d’elle, c’est avec regret qu’elle le voit s’éloigner, mais il a son adresse et son numéro de téléphone dans la main. Michel remonte dans son véhicule, et l’air frais du petit matin lui donne un véritable coup de fouet. Il n’avait aucune envie de laisser cette merveilleuse plante qu’il a embrassée ; une vraie bombe, et il est conscient qu’il s’est passé quelque chose entre elle et lui. Ses baisers avaient une saveur incomparable, et il aurait bien continué encore et encore à la bécoter. Elle lui a donné une adresse et un numéro de téléphone qu’il s’est empressé de noter : il est bien décidé à la revoir, le plus rapidement possible.


— oooOOooo —


La danseuse tourne plus lentement sur elle-même. Son bras toujours levé, elle suit les notes qui commencent à ralentir. Claude redonne quelques tours de clé et voilà la ronde qui repart, plus fière et plus émouvante que jamais. Ses souvenirs sont bien réels aussi, et elle pourrait presque les toucher du bout des doigts, juste en tendant la main.


— oooOOooo —


Elle remonte dans sa petite berline noire. Sur le chemin du retour, elle revoit quelques images de ce premier bal. Finalement, elle n’a dansé qu’avec un seul homme, et elle est satisfaite de cette situation. Les baisers qu’ils ont échangés sont encore sur ses lèvres, brûlures douces à son petit cœur qui bat. Elle se demande s’il osera la revoir, s’il viendra au-devant de cet émoi qu’il a suscité en elle. Elle se pose mille questions sur cette envie étrange qui lui caresse l’esprit. Pourquoi cette nuit était-elle aussi réceptive, presque captive de ces sentiments qui lui chauffaient les sens ?

Elle aurait voulu qu’il s’aventure davantage, qu’il ose ; elle aurait laissé faire, mais il ne l’a pas fait. Maintenant, elle est chez elle dans cette chambre au papier rose, au lit à baldaquin qui semble se moquer de ses dix-huit ans, qui se fiche de ses états d’âme. Elle s’endort avec des rêves de sexe plein la tête. Incroyable : sous ses aspects sages sommeille une parfaite petite salope ! Enfin, c’est ce qu’elle pense…

Elle sombre dans l’oubli d’un engourdissement ensommeillé, mais ce sont des phallus qu’elle compte, pas des moutons ! La dernière pensée qu’elle a, juste avant que Morphée ne l’étreigne totalement de ses nimbes blancs, c’est « J’aurais dû essayer de le toucher pour voir, pour savoir… »

Michel aussi pense qu’il aurait pu oser. Après le baiser, il aurait aimé laisser ses mains errer un peu. Découvrir, juste en le touchant, ce corps superbe ; mais pourquoi n’a-t-il pas essayé ? Il se promet bien que la prochaine fois – enfin, si prochaine fois il y a – qu’il sera plus hardi et que ses mains feront ce qu’elles désirent… Il s’endort aussi avec des rêves érotiques qui lui tendent le sexe, et c’est la poitrine de cette fille qui lui donne cette érection qu’il ne maîtrise pas.

C’est la mère de Claude qui la tire de ce sommeil dans lequel elle veut rester cachée. Elle lui parle, mais Claude n’entend rien ou ne veut pas entendre, quand enfin un mot frappe son esprit :

— Téléphone pour toi !

Vite, le drap est repoussé, elle saute sur ses pieds, le cœur battant. « Pourvu que ce soit lui… Mon Dieu, faites que ce soit Michel ! »

— Allô ! Alors, paresseuse, encore au lit à midi ? Nous aurions pu profiter des derniers rayons de soleil avant que l’automne ne s’installe ; qu’en dis-tu ?

Cette voix, elle est tout bonnement magnifique, magique. Elle dit oui à tout ; peu importe ce qu’il dit : elle est d’accord pour tout, pourvu qu’elle le voie, qu’elle le revoie. « Viens vite me chercher, j’ai déjà tellement besoin de toi… »

Quatorze heures. Après que ses parents et elle aient déjeuné – mais qu’ont-ils mangé ? Aucun souvenir, tant elle est absorbée par l’attente du garçon. Sa mère lui a parlé, son père également ; elle a répondu d’instinct aux questions sur le bal, mais c’était plus machinal que réfléchi.

Devant la maison, la voiture rouge est arrivée. Le garçon qui s’approche de la porte, qui pose son doigt sur la sonnette, elle l’attend, et il lui semble que c’est depuis des années qu’il doit venir. Sa mère ouvre et elle les entend qui se parlent ; Claude vole vers eux. Alors que sa mère la regarde, elle se jette presque dans les bras de cet homme. Comme il est beau, bien mis ! Un pantalon avec un pli impeccable, un pull assorti, et un long manteau qui lui va à ravir. Elle est sûre qu’il fait bonne impression sur sa mère. Pour son père, elle sait déjà qu’il se ralliera au jugement de son épouse.

Michel a le cœur qui bat, mais son index ne tremble pas quand il appuie sur le bouton de la sonnette. À la dame qui ouvre, il se présente tranquillement :

— Michel, un ami de Claude.

La dame en face détaille l’arrivant, et elle a enfin un léger, un imperceptible sourire. Le voilà rassuré.

— Je viens chercher votre fille pour que nous allions nous promener, profiter des derniers beaux instants de cet été qui va mourir. Je vous promets de vous la ramener à l’heure que vous m’indiquerez.

Mais cette dame n’a pas le temps de dire quoi que ce soit : un feu follet, un lutin sort de la pièce et se jette sur Michel. Claude est belle, encore plus que cette nuit, celle de ses souvenirs pourtant tous frais. Voilà, ils sont tous les deux dans la voiture et elle démarre rapidement. Claude regarde le garçon de manière plus qu’effrontée. Elle jauge, elle soupèse les muscles, le port de tête. Enfin, elle se décide à parler :

— Tu m’as manqué ; c’est pas croyable comme j’avais envie de te revoir. Serais-tu un sorcier, m’aurais-tu hypnotisée ? Tu es encore plus beau que l’image que j’ai gardée toute la nuit avec moi.

Son petit rire éclate comme un gloussement et file dans l’habitacle pour s’insinuer dans les oreilles de Michel.

— Alors, où m’emmènes-tu ? Que vas-tu faire de moi ?

Elle continue à le railler un peu sur un ton plaisant, et lui a bien une petite idée, là au fond de son crâne. Il jette un coup d’œil sur le vide-poche de sa portière, juste pour s’assurer que l’objet auquel il pense s’y trouve. Pas de mauvaise surprise : la clé est bel et bien en place.
Alors avec un sourire il appuie sur l’accélérateur en disant :

— C’est une surprise !

La route se fait plus sinueuse au fur et à mesure que celle-ci monte vers les cimes de la montagne. L’air est doux en ce jour d’octobre rayonnant. De loin, on distingue, comme accroché aux flancs du massif des Vosges, un chalet qui se cache juste au milieu des sapins majestueux. Les derniers mètres d’un chemin forestier qui y mène sont chaotiques pour le petit cabriolet. Les deux jeunes sont maintenant devant l’entrée de cette étrange demeure perdue entre le ciel bleu et la marée verte des sapins que le vent balance doucement.

D’une main qui ne tremble pas, Michel lui tend une clé et lui demande d’ouvrir portes et fenêtres de cette oasis paumée dans ce massif, cet écrin de verdure. Pendant qu’elle débloque les ouvertures, lui va chercher du bois. Dans la pièce où ils viennent de pénétrer se trouve une cheminée, quelques canapés, un téléviseur ; enfin, c’est un salon qui semble les attendre. Michel prépare et allume le feu dans l’âtre. C’est rapide, et les flammes commencent à réchauffer l’endroit assez frais que Claude étudie avec soin.

— C’est ici que tu amènes tes conquêtes ?

Le garçon lui sourit et répond sans honte :

— Si tu considères que tu es ma conquête, alors oui : c’est ici que je t’amènerai chaque fois que tu le voudras. Enfin, tant que l’état de la route le permettra, parce que tu as bien dû voir qu’ici, l’hiver, c’est un peu enneigé.

Ils se sont assis côte à côte sur l’immense divan qui fait face à la cheminée, et le feu commence à les réchauffer. Mais la douceur du bois qui brûle n’est qu’un prétexte sans doute. Ils se serrent l’un contre l’autre, et les lèvres de Michel viennent à la rencontre de celles de Claude qui n’attendent que cela. Le baiser est aussi ardent, aussi fougueux que celui dont elle se souvient. Les langues de nouveau sont emmêlées, s’enlacent et se délacent, tournent et retournent pour se découvrir. Les souffles sont plus accélérés maintenant, chacun appréciant que l’autre aime cet échange.

Lequel fait ensuite ce premier geste pour découvrir l’autre ? Est-ce elle, lui ? Où encore le font-ils ensemble, de manière simultanée ? Peu importe : la seule chose qui compte à leurs yeux, c’est qu’ils sont seuls au monde désormais. Les mains de Michel sont comme des papillons qui vont et viennent sur le corps de la jeune femme. Les doigts de Claude, eux, sont des explorateurs attentifs à la découverte de paradis inconnus. Au début, les vêtements de Claude sont autant d’obstacles à surmonter pour le garçon, et ceux de Michel de barrières à franchir pour la jeune fille.

Mais un à un les interdits sont repoussés, les limites reculent pour que la liberté de se trouver soit enfin la seule étape qui ait une valeur à leurs yeux. Il est venu à bout de la jupe puis de la chemise, et ensuite les sous-vêtements ont eux aussi dévoilé le corps somptueux de Claude aux yeux agrandis de Michel. Elle a ouvert sans fausse pudeur les attaches du pantalon juste après avoir trouvé le moyen de défaire la ceinture de celui-ci. Ensuite c’est le torse du garçon qu’elle s’est évertuée à mettre à nu.

Devant les flammes qui dansent dans la cheminée, leurs deux corps sont sans artifice, comme au jour de leur naissance. Chacun désormais peut du regard contempler l’autre, et c’est elle qui pose la première sa main sur le visage de Michel. Elle en dessine les contours doucement, allant des oreilles au nez et de celui-là au menton. Lui apprécie cette découverte en restant inerte, juste chatouillé par ces doigts qui parcourent ces sentiers qu’elle est la première à emprunter. Il soupire gentiment en la laissant venir, à sa guise, au-devant de cette peau, de ce corps qu’elle explore à son rythme, sans à-coups.

Puis elle passe du visage au cou, autre paysage encore, qui montre le chemin vers des zones qu’elle ne demande qu’à découvrir, là devant des flammes qui crépitent dans la cheminée.
Elle perçoit tant de choses du bout des doigts : cet homme nu, aussi lisse qu’elle l’est ; juste un petit buisson de poils noirs là-bas, tout au fond du ventre. Mais elle n’en est pas encore au point de toucher cette forêt qui pourtant l’attire comme un aimant. Lui semble être figé, totalement aux sensations que lui procurent les deux mains qu’elle fait courir partout sur lui.

Il semble aimer, puisqu’il glousse presque tendrement sous ses caresses ; elle est encouragée à persister puisqu’il ne dit rien. Alors elle ose ; mais n’est-elle pas ici aussi pour le plaisir de savoir, de comprendre ? Elle pose ses lèvres à nouveau sur les siennes. Elle ne réclame pas : elle se sert, sans autre formalité. Ce baiser-là est moins doux, plus fougueux, plus passionné, plus hargneux. Il répond en mordillant la jeune femme ; il n’en peut plus d’être trop sage. Son calme n’est qu’apparent : il veut juste qu’elle avance dans sa vie, toute seule, qu’elle trouve les réponses à ses questions, et tant mieux si c’est son corps à lui qui lui offre des solutions.


— oooOOooo —


Encore trois petits tours de cette manivelle qui remet la danseuse en position de tourner. Claude a besoin de cette musique et de voir le tutu qui crève l’espace. Elle veut que ses souvenirs remontent, que sa mémoire revienne. Cette danseuse, est-ce que c’était elle ? Et son Michel, où est-il ? Pourquoi est-elle dans cette pièce sordide ? La mélopée qui accompagne la sarabande de sa poupée en dentelles la renvoie vers un jadis si présent.


— oooOOooo —


Elle se lâche, de peur que le garçon ne sache pas lui montrer ce qu’elle attend. Maintenant, ses lèvres quittent cette bouche qui la pince, la mord aussi. Sa langue ne rentre pas dans son habitat naturel, elle suit le chemin de ses doigts. Les contours du visage du garçon sont explorés par la salive de Claude, et c’est sur la poitrine qu’elle cherche de nouvelles pistes. Elle ressent par la langue ces senteurs, fragrance de son parfum, mais aussi mélange de sa peur et de sa transpiration. Elle se dit que ça sent bien bon, un homme ! Et elle déniche sur le poitrail deux marques plus sombres que sa langue enroule une à une. Chacun des tétons de l’homme est visité par cette fouineuse inexpérimentée mais terriblement efficace.

Michel en tressaille d’aise alors que la femme persiste dans ses découvertes du corps du mâle. Il frissonne de bien-être et se raidit sous ses caresses. Puisque les mains sont en mission sur lui, sa langue les suit. Elles vont vers un endroit qui se révèle être encore plus énigmatique pour cette petite vierge qui cherche sa bonne fortune. Il n’y a pas un mot de dit dans cette pièce où la chaleur ne vient plus totalement du feu de bois. Les doigts sont venus effleurer le renflement conséquent qu’ils ont trouvé au bas du ventre, juste sous le buisson sauvage aux poils luisants.

La langue hésite quand même à les suivre, y renonce pour un temps. Elle les abandonne à leur trouvaille, attendant que ceux-ci sachent s’il ya danger. Les doigts fins se sont crispés sur cet objet qu’ils touchent pour la première fois. L’impression d’avoir quelque chose de chaud, de vivant qui vibre doucement entre les phalanges fermées de la jeune femme lui semble être une aventure hors du commun. Elle se trouve hardie d’avoir osé ainsi empoigner cette bite gonflée, mais elle est encore plus médusée de voir que Michel se cabre sous ses doigts. Lui aurait-elle fait mal sans le vouloir ? Puis elle réagit : elle comprend qu’en fait c’est de plaisir qu’il geint, et elle repart à l’assaut de la bête.

Elle presse, tâte, caresse, et pour finir elle tente un mouvement du haut vers le bas. Elle voit alors que la tête libérée de son capuchon laisse apparaître un dôme bien lisse, tout rose, et elle ne résiste pas à l’envie de passer l’index sur cette étrange calotte. C’est d’une incroyable douceur, et alors seulement à ce moment-là elle décide de goûter ceci aussi avec sa langue. Alors qu’elle tient l’engin raide et tendu dans sa main, elle ne sait pas trop comment s’y prendre pour venir poser ses lèvres dessus sans écraser son propriétaire. Puis au bout de quelques secondes, elle arrive à trouver une position qui lui permet de faire ce qu’elle a décidé, et sa bouche vient doucement se poser sur sa proie.

Telle une abeille, elle se met en devoir de butiner cet énorme pistil masculin. Elle jette un regard vers son partenaire, mais lui a les yeux clos : il savoure la caresse malhabile de la jeune fille. Michel a l’air d’aimer cela, alors elle se prend au jeu : elle accélère son mouvement, avale plus encore ce mât qui ne fond pas dans la bouche. Le gland est totalement découvert, et elle entend le jeune homme qui râle et dont le bassin commence à donner des petits coups de reins. Il pose aussi ses mains sur les cheveux de Claude qui, tout à son festin, laisse faire et se retrouve avec ce sexe qui se cabre, qui avance ou recule, mais pas forcément au même rythme que ses lèvres.

Elle pense alors que c’est mieux de les laisser suivre les mouvements que Michel veut lui imprimer : il doit savoir comment prendre son plaisir. Et voilà quelque chose qu’elle n’attendait pas, quelque chose qui la surprend par sa venue impromptue : la queue se raidit de plus en plus et semble encore prendre du volume supplémentaire, puis elle se cabre dans sa bouche et une sorte de liquide épais gicle dans sa gorge. Elle veut faire sortir la bite, mais les mains du garçon qui jouit sans retenue sont crispées sur sa tête et elle doit attendre la fin des jets gluants pour essayer de se dégager. Il y a une telle quantité de liquide qu’elle ne peut tout contenir dans sa bouche ; par la force des choses, pour ne pas s’étrangler, elle est dans l’obligation de déglutir. Ce sperme est un peu poivré, un peu spécial aussi ; elle ferme les yeux pour avaler cette mixture qui ne la ravit pas outre mesure.

Le haut-le-cœur qu’elle a finit par faire lâcher prise à Michel, tout étonné d’avoir ainsi éjaculé dans cette bouche qu’il a envie pourtant d’embrasser. Maintenant, elle est sur le dos. Ses yeux fixent le plafond où les flammes dessinent des fantômes énigmatiques, des ombres mouvantes, et il commence l’exploration savante de ce corps de femme.


— oooOOooo —


La cadence retombe alors que Claude est encore sur son petit nuage. Mais elle revient des yeux sur cette miniature qui finit sa course folle, et juste avant que son mouvement ne cesse, machinalement elle tourne la clé. La musique revient, et la demoiselle au bras levé repart dans sa farandole solitaire. Claude, elle, également retourne loin ; là-bas, dans un monde où elle aime si fortement, dans ce monde où elle vit encore.


— oooOOooo —


Michel s’est mis à genoux aux pieds de sa belle. Dans un geste tendre, il a pris son petit peton et caresse lentement les orteils de cette jolie plante qui ne bronche pas. Alors qu’il caresse tranquillement, il sent cette texture douce, cette incroyable matière chaude des pieds de Claude. De là où il se trouve, il la voit qui a les yeux clos, et sa poitrine se soulève, régulière, sans aucune précipitation. Il continue longuement ses massages, puis il lui plie les jambes entre lesquelles il est toujours agenouillé.

Ses mains remontent d’abord sur les mollets, les tâtant sans arrêt, puis il vient suivre la même démarche sur les cuisses fines de la demoiselle. Elle, de son côté, laisse l’homme la toucher sans bouger, appréciant sans remords les attouchements tendres du garçon. Ses regards à lui semblent hypnotisés par cette fourche au milieu de laquelle il entrevoit cette source encore inconnue, encore inexplorée. L’envie est grande pour lui d’aller fourrager avec ses doigts dans cet antre attirant, mais il ne veut pas gâcher ce plaisir qui monte en lui, qui naît en elle, par une précipitation de mauvais aloi.

Sous ses yeux il devine, cachée par une toison brune brillante, la longue ligne plus sombre de ce sexe fermé pour le moment. Il voit ce renflement du pubis et ces lèvres encore serrées l’une à l’autre. La respiration de Claude a changé de rythme aussi, il l’entend, et voit que ses bras bougent maintenant imperceptiblement, signe que ses câlins lui font quelque effet. La tête aussi de la jeune femme est bercée par des mouvements légers de gauche à droite alors qu’elle laisse échapper des soupirs de plus en plus appuyés. Il se penche un peu, curieux, pour regarder de plus près cette fleur qui attire, qui attise son envie. Mais il le fait avec des gestes tout en délicatesse, juste de peur qu’un mouvement trop brusque n’arrête le charme et qu’elle s’enfuie.

Il jette juste un coup d’œil vers son visage qui se trouve posé sur le côté ; et dans la ligne de mire de son regard, les seins, comme deux collines roses, semblent l’appeler de tout leur éclat. Une main quitte la cuisse de Claude et vient survoler cette montagne ferme, ce pic d’amour qui n’attendait que sa venue. La pointe plus sombre du téton immédiatement se dresse, jaillit du sein, et la jeune fille tremble sous l’effet de cette intruse qui la touche. Le soupir aussi est plus accentué, et la respiration plus courte fait monter la poitrine vers cette main qui n’hésite plus, qui frôle une pointe, puis l’autre, alors que sa jumelle, elle, est enfin parvenue sur la corolle nichée entre les deux cuisses de Claude.

Alors que d’un index mal assuré Michel pince doucement, juste pour connaître le délice de cette matière vivante dont est fait le sein de Claude, il passe en même temps un doigt sur sa faille attirante. Elle a un étrange soubresaut ; elle se cabre un peu sous l’effet de cet attouchement qu’elle attend autant qu’elle l’appréhende. Lui pense qu’elle se refuse à lui, et il s’arrête dans son mouvement ; mais avec ses mains qui viennent sur la sienne, il comprend que c’était juste un sursaut de cette arrivée sur son sexe qui a fait réagir la jeune femme de cette façon. Il quitte le sein accueillant et se consacre tout entier à la visite de ce lieu espéré ; il n’a plus d’attentions que pour ce sanctuaire qui l’attire.

Il entrouvre enfin ces lèvres, et le rose vif du coquillage féminin lui dévoile enfin quelques-uns de ses mystères. Ses yeux n’en peuvent plus de regarder cette grotte à laquelle les hommes donnent une telle importance. Il sait aussi qu’il est le premier à parcourir les rivages vierges de cet endroit qui, pense-t-il, est un paradis que les femmes offrent sur cette Terre. Il n’a jamais rien vu de tel, et il ne sait pas trop comment faire pour donner un peu de plaisir à Claude, mais il veut être un élève studieux et apprendre vite. Mon Dieu, qu’elle est belle cette Claude ainsi ouverte, ainsi offerte à ses regards de mâle ! Comme soudain il s’aperçoit de cette envie qui lui taraude le bas du ventre et comme il a une érection d’enfer !

Cette envie d’elle est là, traduite explicitement par une bandaison hors du commun, par cet émoi qui lui chauffe le sang. Elle, elle se laisse aller à des cris qui lui donnent encore plus d’envie de plaisir, et surtout une impatience grandissante. Il est revenu avec son visage au niveau de celui de Claude, et sous ces yeux clos il voit les paupières qui tremblent à toute vitesse. Il pose ses lèvres sur celles de cette femme à qui il veut crier son amour, de cette femme qu’il désire plus que tout, qu’il espère aussi avec une insistance particulière. Pour l’embrasser il s’est avancé, et son corps tout entier recouvre maintenant celui de la jeune fille. Sa chaleur entre en lui ; elle a une peau si douce, si tendrement accueillante quand il baise le fruit juteux de sa bouche entrouverte…

Son aiguillon à lui touche aussi la fourche des cuisses entre lesquelles il a tout naturellement pris place, sans rien forcer. Elle semble ne plus vouloir respirer, comme en attente d’une pénétration qu’il ne voudrait pas immédiate, juste pour goûter encore – mais avec sa langue – à la source encore vierge de Claude. Après ce baiser tendre qu’ils viennent de consommer, il se laisse basculer en arrière et revient avec calme vers cet endroit délicieusement tentant. Il dépose un premier baiser pour goûter au minou d’une Claude complètement en transe, une Claude qui n’en peut plus d’attendre. Et sa langue maintenant entre en action, longeant le sillon qui sépare les deux lèvres déjà tellement humides.

Il la fait monter puis redescendre, sans heurts, tranquillement, alors que pourtant au fond de lui il bout d’une impatience qu’il dissimule le mieux du monde. Il n’en faut pas plus pour que la jeune femme se remette à crier de nouveau, emplissant la pièce de ses plaintes qui accentuent l’érection du jeune mâle. Lui a enfin trouvé à la jointure des deux grandes lèvres ce petit point qui se dresse comme un mini-pénis, et en écartant celles-ci il n’arrête plus de le caresser. Le résultat est spectaculaire ; le clitoris est lui aussi dressé vers cette langue qui revient sans cesse le taquiner. Claude roule des hanches, berce sa tête en gémissant, mais elle n’a mal nulle part : c’est juste bon, trop bon… Elle en veut plus, que cela n’ait jamais de fin.

Son ventre laisse monter cette envie qu’elle ne canalise plus. Elle serre ses poings sur les cheveux de Michel, et sa chatte avance d’elle-même au-devant de cette langue qui la fouille. Maintenant elle hurle, soupire, crie, l’adjure de continuer, se frotte contre son visage au rythme de cette jouissance qui la surprend, qui la submerge, qui l’ensevelit sous des frissons ininterrompus. Elle sent que de son sexe coule quelque chose, ce liquide que quelques fois elle a réussi à faire venir en se masturbant, seule dans sa chambre la nuit. Mais elle le sent qui coule cette fois en abondance ; il lui mouille les fesses en s’insinuant entre elles par la raie étroite qui touche le sol. Elle s’arque en deux en soulevant son corps, elle n’a plus que les épaules et les talons qui touchent.

Ce faisant, elle offre une bien meilleure position à Michel, qui a cette ouverture féminine juste à la hauteur de sa bouche ; il fait donc moins d’efforts pour lécher cette vulve qui le ravit. Mais cette fois, de voir, d’entendre, de sentir Claude qui jouit de cette manière incroyable, il a lui aussi beaucoup de mal à retenir la sève qui ne demande qu’à s’échapper de sa verge trop longtemps mise à rude épreuve. Il stoppe ses caresses alors qu’anéantie, la jeune fille se laisse aller au sol, roule en boule sur ce tapis qui les reçoit tous les deux. Elle prend la posture d’un fœtus et continue de gémir doucement alors que Michel, lui, voit avec plaisir sa queue se calmer. Cependant, il ne laisse pas la jeune fille seule à attendre. Ses deux mains restent sur elle, sur des parties qu’il peut encore atteindre. Les fesses de Claude sont juste là pour accueillir les deux pattes masculines en mal de câlins.

Lentement, il faut à Claude quelques minutes pour que les frissons qui la parcourent finissent et qu’enfin elle reprenne possession de son esprit. Elle croit avoir perdu son âme à jouir ainsi. Mais comme elle est bien, comme elle aime ce qui vient de se passer, comme elle désire que cela revienne vite ! Elle murmure à l’oreille de Michel, de façon presque inaudible :

— Merci, merci… Je t’aime, je t’aime déjà !


— oooOOooo —


Elle aime cette petite chose de plastique rose et blanc qui lui permet de repartir à cette soirée-là. Mais pourquoi Michel n’est-il pas là pour lui tenir la main ? Elle l’appelle, et sa demande claque comme un cri dans cette chambre. « Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi je ne reconnais rien de ce que j’ai vécu ? » Elle a, au fond du cœur, une certaine rage de ne pas comprendre, de ne pas savoir comment elle est arrivée là. Pourquoi cette poupée est-elle si importante, et pourquoi sa musique la ramène-t-elle à ce moment dont elle a un si net souvenir ? Elle se demande aussi ce qu’elle a mangé ce matin. Et puis, c’est bien le matin, ou non ? Alors pour échapper à ce délire, cette perte d’elle-même, elle donne de nouveaux tours de clé à la petite danseuse, juste pour revenir à ces moments si beaux, si bons.


— oooOOooo —


Ils sont allongés l’un contre l’autre, sans bouger. Michel a remis deux belles bûches dans l’âtre, et le feu les lèche de sa chaleur persistante. Comme Claude se sent bien, alors que couchée contre lui, toute la moitié arrière de son corps et en contact avec celui du jeune homme… Lui, il a mis ses mains en travers d’elle, comme pour la tenir bien serrée contre sa poitrine, et ses doigts pressent légèrement ses seins. Contre ses fesses, elle sent cette bête qui relève la tête ; elle comprend que son envie à lui ressurgit de cette position qu’ils ont adoptée. Elle glisse une de ses menottes entre leurs deux corps ; celle-là vient entourer de ses petits doigts l’objet qui a pris une ampleur impressionnante.

Michel lui souffle dans le cou, toujours sans dire un mot. Et alors qu’il se met à bouger lascivement le bas de son corps contre les fesses de Claude, elle sent que la bite durcie vient d’entrer en contact avec sa chatte encore ouverte et humide des caresses de tout à l’heure. Puis, au fur et à mesure des mouvements du bassin du jeune homme, la tête de la queue se trouve devant l’entrée du paradis que Michel convoite. Il est doux, précautionneux, mais le sexe commence lentement à se frayer un passage en elle. Elle a un peu peur de cette première intromission que pourtant Michel veut la plus douce possible. Le gland est entré de quelques centimètres dans son minou, et le reste commence aussi une lente reptation pour ouvrir cette dernière porte close.

Elle est étirée de l’intérieur. Il lui semble que tout s’écarte sous cette chose qui veut absolument entrer. Alors qu’elle retient son souffle, Michel d’un coup de reins plus appuyé que les autres, vient de la déchirer. Elle lâche un cri que le garçon confond avec un de ceux du plaisir. C’est trop tard. Elle reste tendue quelques minutes, essayant de le garder inactif au fond d’elle, juste un peu, pour que cette sensation de brûlure s’estompe quelque peu. Lui n’a rien vu, rien compris, et maintenant il tente – malgré ses efforts pour l’en empêcher – de reprendre des ondulations qui finissent de la déchirer. Alors elle respire plus vite, plus fort, et laisse tous ses muscles se relâcher. Et soudain une douce chaleur monte en elle. Elle l’envahit de partout alors que la douleur recule et que les frissons recommencent à la parcourir.

Claude a maintenant envie que le garçon la prenne plus vite, plus fortement, qu’il accélère ses mouvements, qu’il fasse rejaillir ce plaisir qu’elle sent poindre au bas de son ventre. Lui s’accroche à ses seins et les malaxe en compressant la chair élastique des deux globes après lesquels ses mains sont fermement arrimées. Les soupirs les enivrent, les cris de Claude se mélangent aux gémissements de Michel qui tente pour sa part de résister à une éjaculation imminente. Il essaie de ralentir les mouvements de sa queue alors qu’elle, au contraire, les désire plus violents, plus ardents. Il s’efforce de ne penser qu’à son sourire, qu’à sa beauté et détourne, juste pour quelques secondes, la montée de cette sève, non pas qu’il veuille la garder en lui, mais parce qu’il aimerait que cette première fois dure encore longtemps.

Emporté par cette vague qui lui vient du fond des tripes, il est complètement dépassé par la seconde arrivée de ce flot de sperme qui jaillit soudain alors que, dans un dernier effort, il s’est retiré du nid douillet d’une Claude qui en pleurerait de dépit. Elle s’accroche à ses hanches en hurlant pour qu’il reste, pour qu’il ne la quitte pas, comme si le vide créé par la sortie de la queue du garçon lui arrachait le ventre. Un jet de semence inonde les fesses de la jeune fille, et pourtant la bite reste encore tendue, comme si elle voulait encore sa part de bonheur, en attente de renouveler cette prise de possession de la femme. Claude empoigne des deux mains le mât qui reste figé et, ivre d’envie, ivre de désir, elle se penche pour à nouveau prendre en bouche la bête qui laisse encore couler son venin.

Elle lape à petits coups de langue les dernières gouttes blanches qui suintent sur la tige raide, juste à l’extrémité du gland sorti de son fourreau de chair. Elle tressaille de partout. Bacchante infernale à l’envie démesurée qui veut que le festin dure encore, elle veut se gaver de ce premier plaisir, elle réclame d’autres orgasmes ; puisque maintenant il a eu sa fleur, autant qu’elle y gagne un maximum de plaisir. Elle se déchaîne, et Michel n’en peut bientôt plus de ses assauts répétés. Sa bite retrouve encore le chemin de sa chatte et les deux sont en fusion ; le charme opère encore une fois, puis deux, puis combien de fois…

Ils sont repus. Elle a joui violemment, il a joui à n’en plus pouvoir, et enlacés ils s’endorment devant la cheminée où les bûches assurent encore quelque chaleur à leurs deux corps alanguis.

Quand ils se réveillent, le froid est là, qui gagne du terrain. La nuit aussi est tombée sur la montagne vosgienne. Alors, pour se réchauffer, ils font de nouveau l’amour, tendrement, lentement, pour renouer avec cette sensation de première fois qu’ils n’oublieront plus jamais.


— oooOOooo —


La petite sirène qui tourne, emplissant l’espace de rose et de blanc, mélange les notes et les souvenirs en Claude. Pourquoi la musique et la danse lui donnent-elles cette sensation de vivre ? Son esprit est vide des choses d’aujourd’hui, mais garde intacts les moments de magie d’antan ! Elle donne un dernier tour au mécanisme qui ramène à la vie cette étoile en tutu. Elle fouille dans sa mémoire pour savoir ce qu’elle fait là, où est Michel, pourquoi cette chambre sordide, mais elle n’a pour toute réponse que la grande absence de son cerveau.

Elle reconnaît ses souvenirs lointains, mais son présent est en vacances prolongées. Et dans cette chambre… qui sont ces deux demoiselles tout de blanc vêtues qui viennent d’entrer avec un plateau ?

— Michel, mon Michel, où es-tu ?

Il n’y aura plus jamais de réponse à cette question.

Auteure : Charline88

1 commentaire:

  1. Tout en délicatesse, nostalgie, très belle histoire.

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